63

En sortant sur la coursive du motel qu’inondait la lumiere du matin, Laura Hayward apercut Pendergast en train de charger sa valise dans le coffre de la Rolls. Le temps etait anormalement chaud pour un mois de mars, le soleil brulait la nuque de la jeune femme qui se demanda un instant si tant d’annees a New York n’avaient pas fini par emousser sa resistance a la chaleur sudiste, Un sac de voyage a la main, elle descendit l’escalier de beton et deposa a son tour son fardeau dans le coffre.

Il faisait delicieusement bon a l’interieur de la Rolls dont les banquettes de cuir creme avaient preserve la fraicheur. Il leur restait une quinzaine de kilometres a parcourir, Malfourche ayant perdu son dernier hotel depuis longtemps.

— J’ai effectue quelques recherches sur le Black Brake, expliqua Pendergast en rejoignant la route. Il s’agit de l’un des marais les plus vastes et les plus sauvages du Sud, puisqu’il s’etend sur pres de trente mille hectares. Il est borde d’un cote par un lac, le Lake End, et de l’autre par une multitude de bayous et de canaux.

Hayward, obnubilee par les peripeties de la veille, avait le plus grand mal a se concentrer sur les explications de son compagnon.

— Le village de Malfourche forme une peninsule sur la rive orientale du Brake, son nom d’origine francaise se referant a la forme du bayou sur lequel il repose, une patte-d’oie en cul-de-sac que les premiers pionniers francais avaient confondue avec l’embouchure d’une riviere. Ce marais recelait autrefois l’une des plus grandes reserves de cypres du pays. Soixante pour cent de cette foret exceptionnelle avait toutefois disparu en 1975, decimee par le bucheronnage, lorsque la moitie ouest du marais a ete transformee en site protege.

— Comment avez-vous appris tout ca ? s’etonna Hayward.

— Il semble que tous les motels soient equipes du wifi de nos jours, meme les moins glorieux.

— Je vois.

Ce type-la ne dormait donc jamais ?

— Malfourche s’est peu a peu transformee en ville fantome, poursuivit l’inspecteur. Le lieu a ete durement touche par la fin de l’exploitation du bois et la creation de la reserve naturelle qui reglemente serieusement la peche et la chasse. La vie de la commune ne tient plus qu’a un fil.

— Je me demande s’il est vraiment judicieux d’arriver au volant d’une Rolls-Royce, surtout si vous voulez interroger les autochtones.

— Bien au contraire, murmura Pendergast.

Ils arriverent devant une rangee de petites maisons delabrees devant lesquelles rouillaient des voitures et des tas de ferraille. La plupart des toits etaient affaisses. Ils passerent devant une eglise badigeonnee de blanc et decouvrirent une rue principale piteuse qui s’arretait au bord d’un vieux quai en bois. La plupart des commerces etaient abandonnes, leurs vitrines couvertes de chiures de mouche occultees par du papier journal ou badigeonnees au blanc d’Espagne, des pancartes a louer aux couleurs ternies accrochees un peu partout.

— Pendergast, fit brusquement Hayward.

— Oui ?

— Vous ne trouvez pas cette histoire demesuree ? Je veux dire, pourquoi avoir voulu tuer Vinnie ? Et moi ? Pourquoi avoir abattu Blackletter et Blast et je ne sais qui d’autre ? J’ai du mal a comprendre une telle frenesie, surtout s’agissant d’une affaire vieille de douze ans. Assassiner des flics etait encore le plus sur moyen d’attirer l’attention sur eux.

— Vous avez raison de parler de frenesie, acquiesca Pendergast. Vincent m’a livre une opinion similaire au sujet du lion, il trouvait la methode bien compliquee. Mais cela nous eclaire sur la nature de nos adversaires… vous ne trouvez pas ?

La Rolls s’immobilisa dans un petit parking a peu de distance du quai et les deux policiers en sortirent sous le regard mauvais d’une bande de personnages debrailles, regroupes pres des anneaux du petit port. Hayward regrettait presque d’avoir laisse la Buick sur le parking de l’hopital.

Malgre le soleil brulant, Pendergast boutonna la veste de son sempiternel costume funebre.

— Je vous propose de nous promener sur ce petit quai, ce qui nous permettra d’echanger quelques mots avec ces messieurs.

Hayward haussa les epaules.

— Je doute qu’ils se montrent tres bavards.

— Bavards, sans doute pas. Communicatifs, peut-etre.

L’inspecteur se dirigea d’une demarche nonchalante vers les hommes qui les observaient avec mefiance.

— Bonjour a vous, messieurs, dit-il avec son plus pur accent aristocratique de La Nouvelle-Orleans, ponctuant ses mots par une courbette.

Le silence epais qui lui repondit se chargea d’alimenter les inquietudes de Hayward. Pendergast n’aurait pu s’y prendre plus mal, l’hostilite des autochtones etait palpable.

— Ma collaboratrice et moi-meme sommes venus admirer la region. Nous sommes amateurs d’oiseaux.

— Des amateurs d’oiseaux, repeta l’un des hommes en se tournant vers ses compagnons. Vous entendez ca, les gars ?

La boutade provoqua l’hilarite generale, Hayward grimaca interieurement. Ils n’iraient pas loin en s’y prenant de la sorte. Du coin de l’oeil, elle vit un petit groupe sortir d’un batiment sur pilotis au-dessus duquel etait accrochee une pancarte peinte a la main : chez minus -CAFE ET MAGASIN DE PECHE.

En queue de peloton se tenait un personnage monstrueux. Un geant obese au crane rase, un debardeur tendu a craquer sur son enorme ventre, les bras comme des jambons fumes dont ils avaient la couleur… Il ecarta sans amenite la masse de ses acolytes, traversa le quai et se planta devant Pendergast.

— A qui ai-je l’honneur ? s’enquit l’inspecteur.

— On m’appelle Minus, se presenta-t-il en regardant Pendergast de la tete aux pieds avant de deshabiller Hayward de ses yeux porcins, oubliant de tendre la main.

Minus, pensa la jeune femme. Ben voyons.

— Quant a moi, je me nomme Pendergast et voici ma collaboratrice Hayward. Comme je l’expliquais a ces messieurs, nous sommes amateurs d’oiseaux. Nous nous interessons au martin-pecheur a ventre roux, dont j’ai cru comprendre qu’il existait de rares specimens dans les coins les plus recules de ces marais.

— Sans blague ?

— Nous sommes a la recherche d’un fin connaisseur du lieu, susceptible de nous prodiguer quelques conseils.

Minus s’avanca d’un pas et lacha un jet de jus de chique par terre, eclaboussant les chaussures anglaises de Pendergast.

— Mon Dieu, reagit Pendergast d’une voix egale. Vous avez macule mes souliers.

Hayward avait envie de hurler. S’il continuait sur le meme registre, Pendergast allait provoquer une bagarre.

— On dirait, ricana Minus.

— Je me demandais si vous ne pourriez pas nous aider, monsieur Minus.

— Non, claqua la reponse.

Cette fois, le patron du bar veilla soigneusement a ce que le jet noir s’ecrase directement sur les chaussures de Pendergast.

— Me trompe-je, ou bien vous m’avez sali deliberement ? s’informa Pendergast sur un ton reprobateur.

— Tu ne te trompe-je pas du tout.

— Chere amie, reprit l’inspecteur en se tournant vers sa compagne, j’ai comme l’impression que nous ne sommes pas les bienvenus ici. Je vous propose de nous en retourner.

A la grande surprise de la jeune femme, Pendergast battit en retraite en direction de la Rolls et elle eut toutes les peines du monde a le rattraper tandis que des rires bruyants fusaient dans leur dos.

— Vous comptez vous laisser marcher sur les pieds ? s’enerva-t-elle.

Pendergast s’arreta net en decouvrant des rayures en forme de graffiti sur le capot de l’auto : merde aux ecolos. Un sourire enigmatique aux levres, il se glissa derriere le volant.

Hayward ouvrit sa portiere sans donner l’impression de vouloir monter dans la voiture.

— Qu’est-ce que vous fichez ? Je croyais qu’on venait chercher des informations ?

— Ces gens se sont montres infiniment plus eloquents que vous ne le pensez.

— Mais enfin ! Vous allez les laisser rayer votre voiture apres vous avoir crache sur les pieds ?

— Montez, lui ordonna-t-il d’une voix ferme.

Elle obtempera et la Rolls executa un demi-tour avant de s’eloigner dans un nuage de poussiere.

— On s’enfuit comme des malpropres ? C’est ca ?

— Mon cher capitaine, m’avez-vous deja vu fuir ?

Elle s’enferma dans un silence bute. La Rolls ne tarda pas a ralentir et la jeune femme fronca les sourcils en voyant Pendergast s’engager sur l’allee de la petite eglise devant laquelle ils etaient passes a leur arrivee. Pendergast se gara devant le presbytere et descendit. Le temps d’essuyer ses chaussures dans l’herbe et il appuyait sur la sonnette. Un homme ouvrit la porte. De taille elancee, un visage aux traits marques soulignes par une barbe sans moustache, l’homme n’etait pas sans evoquer Abraham Lincoln.

— Reverend Gregg ? Je me presente, Al Pendergast, pasteur de la Southern Baptist Church du comte d’Hemhoibshun, Ravi de faire votre connaissance ! s’ecria-t-il en secouant longuement la main du pretre qui ouvrait de grands yeux. Et voici ma soeur Laura. Auriez-vous un instant a nous accorder ?

— Mais… euh, bien sur, begaya Gregg en recouvrant peu a peu ses esprits. Entrez, je vous en prie.

Les deux policiers suivirent leur hote a l’interieur d’une maison meticuleusement rangee.

— Asseyez-vous, les invita Gregg, pas totalement revenu de sa surprise.

Pendergast, tres a l’aise, s’octroya d’office le fauteuil le plus confortable et s’y laissa tomber en passant une jambe par-dessus l’autre.

— Laura et moi ne sommes pas ici en visite pastorale, annonca-t-il en sortant de sa poche un carnet et un crayon. On m’a beaucoup parle de votre eglise et de votre sens de l’hospitalite, nous avons decide d’en profiter.

— Je vois, balbutia Gregg qui ne voyait rien du tout.

— Laissez-moi vous expliquer, reverend. Lorsque je ne m’occupe pas de mes ouailles, je me passionne pour l’histoire locale. Je suis grand amateur de mythes et de legendes que je vais chercher dans les recoins les plus recules de notre cher Sud. Je suis actuellement en train d’ecrire un ouvrage intitule Mythes et legendes des marais, c’est meme la raison de notre presence ici, declara Pendergast d’une voix triomphale en s’enfoncant confortablement dans son fauteuil.

— Comme c’est interessant, mentit Gregg.

— J’ai pris l’habitude, lors de mes periples, de m’adresser en priorite aux pasteurs locaux, et je n’ai jamais ete decu.

— Vous m’en voyez ravi.

— Tout simplement parce que le pasteur connait les gens et les legendes, sans etre superstitieux pour autant. En sa qualite d’homme de Dieu, rien ne saurait ebranler sa foi. Ai-je tort ?

— C’est vrai qu’il nous arrive d’entendre des histoires. Mais elles restent de simples histoires, reverend Pendergast, et j’avoue y preter assez peu d’attention.

— C’est bien naturel. Mais prenons le Black Brake. Vous n’ignorez pas qu’il s’agit du marais le plus vaste de cet Etat.

— Non, bien sur.

— Avez-vous entendu parler d’un endroit appele Spanish Island ?

— Oui. II ne s’agit pas d’une ile a proprement parler. Plutot une bande de terre a moitie noyee d’eau, recouverte de cypres, situee au coeur du marais. J’avoue n’y etre jamais alle moi-meme.

Tout en l’ecoutant, Pendergast prenait des notes.

— J’ai entendu dire que Spanish Island avait accueilli un temps un campement de chasse et de peche.

— Tout a fait. Ce campement etait la propriete de la famille Brodie, mais il a ferme depuis une trentaine d’annees et les batiments ont fini par pourrir sur place. C’est ineluctable, dans nos contrees.

— J’ai cru comprendre que bien des legendes couraient au sujet de Spanish Island.

Le pasteur sourit.

— C’est ma foi vrai. Les histoires de fantomes habituelles. On a souvent dit que l’endroit avait servi de repaire a des trafiquants de drogue.

— Des histoires de fantomes ?

— Les gens d’ici colportent toutes sortes de rumeurs sur la partie des marais ou se trouve Spanish Island, On parle de lumieres etranges la nuit, de bruits bizarres. Il y a quelques annees de cela, un chasseur de grenouilles a ete porte disparu, on a retrouve son bateau dans l’un des bayous riverains de Spanish Island. Je ne serais pas surpris qu’il soit passe par-dessus bord apres avoir trop bu, mais les gens ont pretendu qu’il avait ete assassine, d’autres ont affirme qu’il avait ete victime de la fievre des marais.

— La fievre des marais ?

— On dit qu’a force de rester trop longtemps dans les marais, certaines personnes l’attrapent et deviennent fous. Sans y croire vraiment, je dois avouer que l’endroit est assez… comment dire… assez inquietant. Il est facile de s’y perdre.

Pendergast prenait des notes avec enthousiasme.

— Et cette histoire de trafic de drogue ? Vous y croyez ?

— Le marais n’est pas tres eloigne du Mississippi et les plus anciens affirment qu’il est possible de rallier le fleuve en bateau depuis le Black Brake, a condition de bien connaitre les bayous. La legende voudrait que des trafiquants de drogue venus du golfe dissimulent leur marchandise dans le Brake. Personnellement, je doute que les trafiquants s’aventurent aussi loin.

— Qu’en est-il de ces lumieres auxquelles vous faisiez allusion ?

— La peche a la grenouille se deroule de nuit, et certains pecheurs pretendent avoir apercu des lueurs etranges. Si vous voulez mon avis, ils auront simplement vu d’autres pecheurs, la peche a la grenouille se pratiquant a l’aide d’une lampe. A moins qu’il ne s’agisse d’un phenomene naturel quelconque, la combustion spontanee d’emanations gazeuses, par exemple.

— Parfait, le remercia Pendergast en continuant a griffonner sur son carnet. C’est exactement le genre de renseignement qui m’interesse. D’autres legendes ?

Gregg se sentait pousser des ailes.

— On raconte aussi qu’il y aurait un alligator geant dans le Brake, mais je ne vous apprendrai rien en vous disant que des legendes similaires courent dans la plupart des marais de la region. Avec raison, parfois. Je me souviens qu’un alligator de sept metres de long a ete tue dans les eaux du lac Conroe, au Texas, il y a quelques annees. Il etait en train de devorer un cerf lorsqu’on l’a abattu.

— Extraordinaire, s’enthousiasma Pendergast. Comment puis-je m’y prendre pour visiter Spanish Island ?

— L’endroit figure sur certaines cartes anciennes, mais il est difficile de circuler dans le labyrinthe des canaux et des bancs de sable. Quand les eaux sont basses, la vegetation est si dense qu’il est quasiment impossible de naviguer dans cette partie du marais. Je serais surpris que quiconque s’y soit rendu depuis des annees, d’autant que la peche et la chasse y sont interdites depuis la creation de la reserve naturelle. Je vous deconseille formellement de vous y rendre.

Pendergast referma son bloc et se leva.

— Il ne me reste plus qu’a vous remercier, reverend. Vous m’avez ete tres utile. Puis-je vous recontacter en cas de besoin ?

— Volontiers.

— Fort bien. Je vous laisse mon numero de telephone. Je veillerai personnellement a ce que vous receviez un exemplaire de mon livre des sa publication.

De retour dans la Rolls, Hayward demanda :

— Quelle est la suite du programme ?

— Je vous propose de retourner voir nos amis de Malfourche. Nous n’en avons pas termine avec eux.

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